BURKINA FASO

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BURKINA FASO
BURKINA FASO

Ancien territoire de l’Afrique-Occidentale française, la rĂ©publique de Haute-Volta a accĂ©dĂ© Ă  l’indĂ©pendance en 1960; elle est devenue, depuis le 4 aoĂ»t 1984, le Burkina Faso («la patrie des hommes intĂšgres»). SituĂ© au sud de la boucle du Niger, ce pays sahĂ©lo-soudanien n’a pas de dĂ©bouchĂ© sur l’ocĂ©an Atlantique, dont il est Ă©loignĂ© de plusieurs centaines de kilomĂštres; ses voisins sont le Mali, la CĂŽte-d’Ivoire, le Gh na, le Togo, le BĂ©nin et le Niger.

DĂ©favorisĂ© par des conditions naturelles ingrates, presque totalement dĂ©muni de ressources miniĂšres immĂ©diatement exploitables et habitĂ© par une population parmi les plus denses d’Afrique (estimĂ©e Ă  8,8 millions d’habitants pour une superficie de 274 000 km2), le Burkina Faso est un des pays les plus pauvres du monde; son P.N.B. par habitant, en baisse, est de 320 dollars (rapport de la Banque mondiale 1991).

La population est divisĂ©e en une soixantaine d’ethnies d’inĂ©gale importance, qui se partagent entre deux groupes linguistiques: gur, ou voltaĂŻque, et mandĂ©. Les principaux ensembles ethniques sont: les Moose, ou Mossi (47 p. 100 de la population), les GourmantchĂ©, les Bisa, les populations dites gourounsi, les Samo, les Marka, ou Dafing, les Bwa, les Bobo, les Dagari, les Lobi et une fraction des SĂ©noufo; Peuls et Touaregs occupent la partie septentrionale du pays.

Si les religions traditionnelles (animisme) sont largement majoritaires, l’islam, depuis longtemps religion des commerçants, Ă©tend son influence sur plusieurs rĂ©gions, notamment chez les Moose; par les cadres administratifs et politiques qu’elle fournit, la minoritĂ© chrĂ©tienne exerce une influence prĂ©pondĂ©rante sur les affaires publiques.

Comme celle de nombreux États du Tiers Monde, la vie politique de la Haute-Volta puis du Burkina Faso connaĂźt une instabilitĂ© chronique, faisant se succĂ©der des rĂ©gimes aux traits fort contrastĂ©s: dictature civile de Maurice YamĂ©ogo, rĂ©publiques pluralistes et dĂ©mocratiques sous la prĂ©sidence du gĂ©nĂ©ral Lamizana, rĂ©volution radicale des militaires prĂ©sidĂ©e par le capitaine Sankara jusqu’à sa mort violente en 1987, prĂ©sidence du capitaine Blaise CompaorĂ© s’orientant vers un rĂ©gime constitutionnel et pluraliste. D’une grande diversitĂ©, ces rĂ©gimes politiques n’en sont pas moins marquĂ©s par un certain nombre de points communs: tous sans exception ont dĂ» se mesurer ou composer avec des centrales syndicales combatives et des chefferies traditionnelles toujours vivantes; Ă  l’exception de la Ire RĂ©publique, les militaires ont jouĂ© un rĂŽle certes trĂšs variable, mais toujours rĂ©el; enfin, les responsables gouvernementaux, civils ou militaires, ont constamment manifestĂ© une propension Ă  cultiver leurs divisions internes jusqu’à parfois donner l’image d’un jeu politique Ă©loignĂ© des prĂ©occupations concrĂštes des populations de plus en plus tentĂ©es par un fort abstentionnisme Ă©lectoral.

1. Données géographiques

Le territoire du Burkina Faso forme, au centre du bouclier ouest-africain, une pĂ©nĂ©plaine au relief monotone, dont l’altitude moyenne est de 300 mĂštres. Dans l’ouest du pays, les plateaux primaires culminent Ă  794 mĂštres (piton de TĂ©nĂ©kourou) et sont entaillĂ©s par des vallĂ©es (Volta Noire, KomoĂ©, LĂ©raba). Le climat est tropical soudanien, avec une longue saison sĂšche (de novembre Ă  mai) et une courte saison humide (de juin Ă  octobre). L’action de l’harmattan, vent chaud et sec, se fait particuliĂšrement sentir de mars Ă  mai. Le territoire du Burkina Faso appartient pour l’essentiel au haut bassin des Voltas (d’est en ouest: Voltas Blanche, Rouge et Noire); le rĂ©seau hydrographique est extrĂȘmement mĂ©diocre. Aux trois sous-climats soudaniens correspondent trois zones de vĂ©gĂ©tation: la steppe arbustive (climat sahĂ©lien), la savane (climat nord-soudanien) et la forĂȘt sĂšche (climat sud-soudanien).

Les deux principales villes du pays sont Ouagadougou (442 000 hab. en 1991), capitale actuelle et ancienne capitale du plus important des anciens royaumes moose, et Bobo-Dioulasso (231 000 hab.), centre Ă©conomique de l’époque coloniale. Les principaux centres secondaires sont: Koudougou (52 000 hab.), Ouahigouya (39 000 hab.), Banfora (35 000 hab.), Kaya (26 000 hab.) et Fada N’Gourma (20 000 hab.).

2. Le Burkina précolonial et colonial

Les royaumes moose

Un groupe de conquĂ©rants cavaliers, venus de l’est, parvint sans doute vers la fin du XIVe siĂšcle dans le nord du Ghana actuel et y Ă©tablit progressivement sa domination: de cette conquĂȘte sont nĂ©s les royaumes mamprusi, dagomba et nanumba. C’est vers la fin du XVe siĂšcle que sont apparues les premiĂšres formations politiques moose dans le sud du bassin de la Volta Blanche. À l’origine de leur histoire, les Moose placent un hĂ©ros fondateur, Naaba Wedraogo (naaba : chef; wedraogo : Ă©talon), fils d’une princesse royale de la dynastie mamprusi. Le peuple mooga (sing. de moose ) actuel s’est constituĂ© progressivement par l’alliance entre les conquĂ©rants venus du sud (nakombse ) et les membres des multiples groupes ethniques autochtones, les «gens de la terre» (tengdemba ), les nakombse dĂ©tenant le pouvoir politique, les tengdemba Ă©tant les dĂ©tenteurs du pouvoir religieux liĂ© Ă  la terre (culte de la fertilitĂ© et rites funĂ©raires). DĂšs la seconde gĂ©nĂ©ration de l’histoire des Moose, les nakombse occupent la quasi-totalitĂ© du bassin de la Volta Blanche. Au temps des conquĂȘtes (XVIe s.) succĂ©da celui de la formation de royaumes, aux dynasties apparentĂ©es entre elles, et de la stabilisation des frontiĂšres extĂ©rieures du pays mooga, le Moogo (fin XVIe s.-dĂ©b. XVIIe s.); par la suite, jusqu’à la fin du XIXe siĂšcle, la carte politique du Moogo variera peu. À compter du XVIIe siĂšcle, le Moogo est partagĂ© en deux grandes zones d’influence: une zone centrale, la plus importante, dominĂ©e par le royaume de Wogodogo (Ouagadougou), dont le souverain porte le titre de Moogo naaba (chef du Moogo), et une zone septentrionale, dominĂ©e par le Yatenga. L’apogĂ©e de la puissance mooga se situe au XVIIIe siĂšcle, avec les rĂšgnes de Naaba Warga Ă  Wogodogo et de Naaba Kango dans le Yatenga.

L’islam est introduit Ă  la cour de Wogodogo par le Moogo naaba Dulugu (1796?-1825?), mais la conversion superficielle d’une partie de la haute aristocratie du royaume n’entraĂźne aucune modification notable dans les croyances de la population. Dans la seconde moitiĂ© du XIXe siĂšcle, de sĂ©rieuses menaces pĂšsent sur le royaume de Wogodogo: rĂ©voltes intĂ©rieures, pression, Ă  l’ouest, d’anciens mercenaires d’origines zerma (Niger actuel), qui dominent les populations dites «gourounsi», entre la Volta Rouge et la Volta Noire, puis visĂ©es de Samori et de ses adversaires europĂ©ens, Français et Anglais. L’histoire du Yatenga moderne s’ouvre avec le rĂšgne de Naaba Kango (1757-1787), artisan d’une politique de centralisation du pouvoir. Peu aprĂšs sa mort, de graves conflits internes affaiblissent le royaume, tandis qu’à partir des annĂ©es 1830 les Peuls du Masina (Mali actuel) menacent ses frontiĂšres septentrionales et orientales. À partir de 1879, le Yatenga s’enfonce progressivement dans un conflit dynastique qui va bientĂŽt prendre les dimensions d’une guerre civile sans merci, et qui, en 1895, va permettre aux Français, installĂ©s depuis peu Ă  Bandiagara (Mali actuel), de se poser en mĂ©diateurs entre les deux fractions ennemies de l’aristocratie du Yatenga. Le Yatenga devient protectorat français en 1895, sous le rĂšgne de Naaba Baogo; la mĂȘme annĂ©e, les Français pĂ©nĂštrent dans Ouagadougou, dont le souverain, Naaba Wobgo, a pourtant signĂ© l’annĂ©e prĂ©cĂ©dente un traitĂ© de protectorat avec un reprĂ©sentant du gouvernement britannique: le royaume de Wogodogo passe l’annĂ©e suivante (1896) sous protectorat français.

À l’est du Moogo s’étend le pays des GourmantchĂ©, dont le territoire correspond Ă  une partie de la rive droite du fleuve Niger, appelĂ©e Gulma, ou Gurma. Culturellement proches des Moose, mais ne provenant pas de la mĂȘme souche historique, les GourmantchĂ© Ă©taient organisĂ©s en royaumes indĂ©pendants, qui reconnaissaient cependant la suprĂ©matie au moins rituelle du Nun bado, «chef» (bado ) de Nungu (Fada N’Gourma). En lutte contre les Peuls du Liptako et du Yagha durant le XVIIIe et le XIXe siĂšcle, les GourmantchĂ© avaient perdu certains de leurs commandements septentrionaux quand leur pays est passĂ© sous domination française, en 1897.

L’Ouest burkinabĂ© prĂ©colonial

L’Ouest voltaĂŻque est le domaine des populations mandĂ© mais comprend aussi des populations gur, regroupĂ©es sous l’appellation impropre de «Gourounsi», la caractĂ©ristique principale des sociĂ©tĂ©s occidentales du Burkina Faso Ă©tant qu’elles Ă©taient organisĂ©es politiquement en communautĂ©s villageoises indĂ©pendantes et non en royaumes. Les Samo, au nord-ouest, ont victorieusement rĂ©sistĂ© Ă  quatre siĂšcles de pression militaire mooga. Voisins des Samo, les Marka ou Dafing sont anciennement islamisĂ©s; peu de temps avant la conquĂȘte française, en 1894, un chef religieux, Al-Kari, entreprit de rĂ©unir les Marka et une partie des Samo sous une autoritĂ© politique unique et de convertir de force les groupes «paĂŻens» de la vallĂ©e du Sourou. Dans la seconde moitiĂ© du XIXe siĂšcle, les populations gur eurent Ă  subir la lourde domination de guerriers zerma (les Zamberma), anciens chasseurs de captifs des rois dagomba de l’actuel Gh na. L’histoire antĂ©rieure au XIXe siĂšcle des autres populations de l’Ouest voltaĂŻque: Bwa, Bobo, Lobi-Dagari-Birifor, est trĂšs mal connue. Au XIXe siĂšcle, une grande partie des rĂ©gions occidentales du Burkina Faso subit la pression des Dyula, guerriers et commerçants musulmans originaires du Mali actuel. Les Dyula sont les fondateurs de plusieurs États, dont le plus ancien, celui de Kong, apparaĂźt au XVIIe siĂšcle et Ă©tend rapidement son influence sur une partie du pays bobo. De Kong naĂźtra le Gwiriko, dont la capitale sera Sya, l’actuelle Bobo-Dioulasso. Dernier souverain du Gwiriko, Tyeba, aprĂšs avoir dĂ» affronter plusieurs rĂ©voltes, n’a plus guĂšre d’autoritĂ© quand il fait sa soumission aux Français, en 1897. Dans la seconde moitiĂ© du XIXe siĂšcle, un autre État dyula, celui de Wahabou, s’est posĂ© en rival du Gwiriko; Wahabou passera Ă©galement sous domination française en 1897. À partir de 1825, le Kenedugu, autre royaume dyula, Ă©tend son influence sur le pays sĂ©noufo (confins actuels du Burkina Faso, du Mali et de la CĂŽte-d’Ivoire), Ă  partir de Sikasso (Mali). En 1888, le souverain de Sikasso tient Samori en Ă©chec, mais, aprĂšs 1891, les rĂ©voltes contre le pouvoir dyula se multipliant, la dĂ©cadence du Kenedugu s’accĂ©lĂšre; Sikasso passe sous contrĂŽle français en 1896. C’est vers cette Ă©poque, Ă  l’extrĂȘme fin de la pĂ©riode prĂ©coloniale, que les troupes de Samori font leur apparition dans le sud-ouest du Burkina Faso. Samori prend Kong en 1897, mais doit renoncer Ă  prendre Bobo-Dioulasso et se rĂ©fugie Ă  Bouna (CĂŽte-d’Ivoire). On sait que Samori fut fait prisonnier en 1898 et exilĂ© au Gabon, oĂč il mourut en 1900.

Les Peuls dans le Burkina

C’est Ă  partir du XVIIe siĂšcle que les Peuls pĂ©nĂštrent par vagues successives dans la partie sahĂ©lienne du territoire du Burkina Faso, y compris dans les parties septentrionales des royaumes moose prĂ©sahĂ©liens, comme le Yatenga. Les Peuls donneront naissance Ă  deux Ă©mirats, le Liptako et le Yagha, et crĂ©eront, avec le Jelgoji, une sorte de fĂ©dĂ©ration de commandements locaux ou rĂ©gionaux dominant les Kurumba autochtones. Au cours des XVIIe et XVIIIe siĂšcles, les Peuls doivent lutter contre les Touaregs de l’Udalan, les Kurumba, les Moose et les GourmantchĂ©. Leur principale formation politique, le Liptako, naĂźt de la victoire de Dori (1811), remportĂ©e sur les GourmantchĂ©, qui sont contraints de se replier vers le sud. Peu de temps aprĂšs, le Liptako fera acte formel d’allĂ©geance Ă  Sokoto (Nigeria), tandis que le Masina tentera, sans succĂšs, de rĂ©unir les commandements du Jelgoji sous son Ă©gide.

La conquĂȘte française et la pĂ©riode coloniale (1895-1960)

En mai 1895, une colonne française, partie de Bandiagara et commandĂ©e par le capitaine Destenave, arrive Ă  Ouahigouya, rĂ©sidence du Yatenga naaba Baogo (1885-1895), qui doit faire face depuis plusieurs annĂ©es Ă  une rĂ©volte armĂ©e d’une partie de l’aristocratie du royaume, soutenue par les Peuls du commandement de Tyu. Un mois plus tard, en juin, alors que le Yatenga est devenu protectorat français par traitĂ©, Naaba Baogo meurt Ă  la bataille de Tyu et laisse ainsi la place au chef de ses adversaires, Naaba Bulli (1895-1899), sur lequel les Français vont s’appuyer, tandis que les partisans du souverain dĂ©funt entreront en dissidence. Entre 1895 et 1897, le reste du Moogo, le Gurma et les territoires peuls passent sous domination française. La conquĂȘte de l’Ouest et du Sud-Ouest se dĂ©roule entre 1897 (occupation de DĂ©dougou, de Bobo-Dioulasso et DiĂ©bougou, puis de Banfora) et 1901, annĂ©e de la pĂ©nĂ©tration en pays lobi. Presque partout, les Français se heurtent Ă  une rĂ©sistance armĂ©e, qui est particuliĂšrement vive dans l’Ouest.

D’abord territoire militaire de la SĂ©nĂ©gambie-Niger, le Burkina Faso devient en 1904 territoire du Haut-SĂ©nĂ©gal-Niger; elle passe sous administration civile Ă  partir de 1909, mais, dans certaines rĂ©gions, le retrait de l’administration militaire ne se fera que dans les annĂ©es vingt ou mĂȘme trente (pays lobi). En 1919, la Haute-Volta devient l’un des territoires constituant l’Afrique occidentale française. Entre 1895-1897 et 1919, les rĂ©voltes n’ont pas cessĂ©, nĂ©es des excĂšs des «colonnes», des maladresses de l’administration et des premiers recrutements autoritaires. C’est en pays bwa, marka et «gourounsi» (nord-ouest et ouest d’entre Volta Rouge et Volta Noire) qu’éclate la grande rĂ©volte de 1915-1917, qui sera suivie d’une rĂ©pression sĂ©vĂšre, mais aussi d’une rectification sensible de certaines erreurs de l’administration, notamment en matiĂšre de choix des chefs de canton. AprĂšs la pĂ©riode des recrutements militaires de la guerre de 1914-1918 vient le temps des recrutements de main-d’Ɠuvre: le projet de crĂ©ation d’un Office du Niger, chargĂ© de la mise en valeur du delta intĂ©rieur du fleuve (Mali actuel, rĂ©gion de SĂ©gou) et les besoins en main-d’Ɠuvre des planteurs français de la CĂŽte-d’Ivoire conduisent les autoritĂ©s coloniales Ă  dĂ©manteler la Haute-Volta en 1932. Le Jelgoji, le Yatenga et le nord-ouest du pays sont intĂ©grĂ©s au Soudan français (qui deviendra le Mali en 1960), le Liptako et l’Udalan sont rattachĂ©s au Niger, le reste de la Haute-Volta, sous le nom de Haute-CĂŽte-d’Ivoire, devenant partie intĂ©grante de la CĂŽte-d’Ivoire. À la pĂ©riode des «grands travaux» et des recrutements intensifs fait suite, entre 1936 et 1939, une pĂ©riode sensiblement plus libĂ©rale, qui s’achĂšve brutalement avec «l’effort de guerre» de 1939-1945. En 1946, le travail obligatoire est supprimĂ©, et, en 1947, la Haute-Volta retrouve son unitĂ©.

C’est en 1946 que les formations politiques sont autorisĂ©es. Le Rassemblement dĂ©mocratique africain, crĂ©Ă© la mĂȘme annĂ©e en CĂŽte-d’Ivoire, va jouer un rĂŽle capital dans l’éveil politique de la Haute-Volta, qui s’accompagnera, en pays mooga, d’une remise en cause du rĂŽle de la chefferie traditionnelle. En 1956, la section voltaĂŻque du R.D.A. prend le nom de Parti dĂ©mocratique unifiĂ©, qui devient Ă  son tour l’Union dĂ©mocratique voltaĂŻque, dont les deux principaux leaders sont Ouezzin Coulibaly et Maurice YamĂ©ogo; Ă  la mĂȘme Ă©poque, Nazi Boni crĂ©e le Parti du rassemblement africain, particuliĂšrement bien implantĂ© dans l’ouest du pays. La loi-cadre de 1956 aboutit Ă  la mise en place de structures politiques nouvelles. En 1957, Ouezzin Coulibaly devient vice-prĂ©sident (le gouverneur français du territoire Ă©tant prĂ©sident), puis prĂ©sident du Conseil de gouvernement.

3. Évolution politique

Le «régime Yaméogo»

Selon un processus commun Ă  l’ensemble des territoires français Ă  l’exception de la GuinĂ©e, la Haute-Volta accĂšde Ă  l’indĂ©pendance en plusieurs Ă©tapes: le 28 septembre 1958 est adoptĂ©e une Constitution; la nouvelle RĂ©publique, proclamĂ©e le 11 dĂ©cembre 1958, est membre de la CommunautĂ© franco-africaine; le 11 juillet 1960, les compĂ©tences communautaires sont transfĂ©rĂ©es Ă  Ouagadougou, et l’indĂ©pendance reconnue le 5 aoĂ»t 1960. Maurice YamĂ©ogo, qui avait dirigĂ© le pays pendant la pĂ©riode transitoire, devient le premier prĂ©sident de la jeune RĂ©publique.

Utilisant les pouvoirs Ă©tendus que lui confĂšre la Constitution adoptĂ©e le 27 novembre 1960, et les outrepassant, le chef de l’État Ă©limine ses adversaires politiques et institue, au profit de sa formation, le Rassemblement dĂ©mocratique africain (R.D.A.), un systĂšme de parti unique. Le rĂ©gime devient rapidement autocratique, et le prĂ©sident perd tour Ă  tour le soutien des notables traditionnels, des syndicats et du clergĂ©. L’annonce, Ă  la fin de dĂ©cembre 1965, de nouvelles mesures d’austĂ©ritĂ©, rendues nĂ©cessaires par une situation Ă©conomique prĂ©occupante et une gestion financiĂšre dĂ©sastreuse, provoque de nouvelles manifestations d’étudiants, d’écoliers et des syndicats Ă  Ouagadougou; l’armĂ©e, dirigĂ©e par son chef d’état-major, le gĂ©nĂ©ral SangoulĂ© Lamizana, devient l’arbitre de la situation et prend le pouvoir le 6 janvier 1966.

Les républiques pluralistes et démocratiques de la présidence du général Lamizana

De 1966 Ă  1980, la vie politique voltaĂŻque est une succession pacifique et curieusement cyclique de gouvernements militaires Ă  l’autoritarisme plutĂŽt dĂ©bonnaire et de rĂ©gimes civils dĂ©mocratiques, les uns et les autres exerçant leurs responsabilitĂ©s sous la magistrature suprĂȘme du gĂ©nĂ©ral Lamizana.

AprĂšs quatre ans de dĂ©tention exclusive du pouvoir consacrĂ© Ă  restaurer les fragiles Ă©quilibres Ă©conomiques et Ă  combler un dĂ©ficit budgĂ©taire considĂ©rable, le gouvernement du gĂ©nĂ©ral Lamizana entame le processus d’un retour Ă  une vie politique normale: suppression de l’interdiction des partis politiques (20 nov. 1969), adoption par rĂ©fĂ©rendum d’une nouvelle Constitution (14 juin 1970), Ă©lections lĂ©gislatives Ă  la reprĂ©sentation proportionnelle (20 dĂ©c. 1970). L’avĂšnement de la IIe RĂ©publique est un Ă©vĂ©nement en Afrique noire francophone: la Haute-Volta y est Ă  cette Ă©poque le seul pays Ă  ĂȘtre dotĂ© d’un rĂ©gime rĂ©ellement multipartiste, infirmant ainsi provisoirement l’idĂ©e reçue qu’il existerait une relation de cause Ă  effet entre sous-dĂ©veloppement et gouvernement autoritaire. C’est aussi la premiĂšre fois que des militaires remettent le pouvoir aux civils avec, il est vrai, des prĂ©cautions: la Constitution prĂ©voit que, pendant les quatre premiĂšres annĂ©es, les fonctions de prĂ©sident de la RĂ©publique seront confiĂ©es au militaire le plus ancien dans le grade le plus Ă©levĂ©, c’est-Ă -dire au gĂ©nĂ©ral Lamizana, et que le gouvernement devra comprendre un tiers de militaires.

Le fonctionnement des institutions est rapidement bloquĂ© par les dissensions du parti majoritaire, l’Union dĂ©mocratique voltaĂŻque-R.D.A., et par les rivalitĂ©s personnelles de ses leaders. Le 8 fĂ©vrier 1974, prenant prĂ©texte de la paralysie qui en rĂ©sulte, le gĂ©nĂ©ral Lamizana dissout l’AssemblĂ©e nationale, interdit les partis et suspend la Constitution.

Un deuxiĂšme cycle s’amorce avec l’instauration d’un nouveau rĂ©gime militaire; le «gouvernement de renouveau national» s’attache Ă  appliquer un programme de rĂ©formes visant Ă  attĂ©nuer la dĂ©pendance du pays vis-Ă -vis de l’extĂ©rieur. L’annonce faite le 29 novembre 1975 par le gĂ©nĂ©ral Lamizana de son intention de crĂ©er un parti unique, le Mouvement national pour le renouveau, provoque – la persistance du marasme Ă©conomique aidant – la rĂ©action immĂ©diate des organisations syndicales. L’ampleur de la grĂšve gĂ©nĂ©rale des 17 et 18 dĂ©cembre 1975 contraint le gouvernement Ă  satisfaire les revendications syndicales et Ă  promettre le rĂ©tablissement de la dĂ©mocratie politique dans un dĂ©lai de trois ans.

Avec l’adoption d’une Constitution par le rĂ©fĂ©rendum du 27 novembre 1977 naĂźt la IIIe RĂ©publique. Celle-ci est marquĂ©e par l’organisation d’élections, et notamment de celle d’un prĂ©sident de la RĂ©publique au suffrage universel dans des conditions jugĂ©es Ă  l’époque parmi les plus libres et les plus concurrentielles de l’Afrique francophone. Le gĂ©nĂ©ral Lamizana l’a certes une fois de plus emportĂ©, mais de justesse, aprĂšs un ballottage serrĂ© (16 000 voix de majoritĂ©). Cette difficile victoire a Ă©tĂ© considĂ©rĂ©e comme un indice de la rĂ©alitĂ© de la dĂ©mocratie voltaĂŻque. Mais le fort pourcentage d’abstentions, qui traduit un certain attentisme des masses face Ă  d’incessants conflits de personnalitĂ©s et Ă  des jeux politiques dont la signification leur Ă©chappe, rĂ©vĂšle la fragilitĂ© du rĂ©gime.

Le coup d’État du 25 novembre 1980 et la rĂ©volution burkinabĂ©

À l’occasion d’un nouvel affrontement entre le gouvernement et les syndicats, des militaires, conduits par le colonel Saye Zerbo, ancien ministre des Affaires Ă©trangĂšres de 1974 Ă  1976, prennent le pouvoir (25 nov. 1980); selon un rituel dĂ©sormais classique en Afrique, ils suspendent les libertĂ©s politiques et syndicales, procĂšdent Ă  l’arrestation des dirigeants et Ă©liminent de la scĂšne politique les hommes qui l’avaient constamment dominĂ©e durant vingt ans.

Cette date ouvre une pĂ©riode d’instabilitĂ©, largement due aux dissensions de la hiĂ©rarchie militaire, et de radicalisation. Les coups d’État militaires se succĂšdent. Le 7 novembre 1982, le mĂ©decin-commandant Jean-Baptiste Ouedraogo remplace le colonel Saye Zerbo et institue un Conseil de salut du peuple (C.S.P.); il est lui-mĂȘme Ă©liminĂ© le 4 aoĂ»t 1983 par un jeune officier, le capitaine Thomas Sankara, son Ă©phĂ©mĂšre Premier ministre jusqu’à son arrestation en mai 1983.

Le nouveau rĂ©gime et son mot d’ordre, celui de la «rĂ©volution voltaĂŻque», constituent une profonde et vĂ©ritable rupture dans l’histoire du pays, symboliquement entĂ©rinĂ©e par la violence qui a marquĂ© l’avĂšnement du Conseil national de la rĂ©volution en 1983. L’objectif des jeunes capitaines, soutenus au dĂ©part par les organisations syndicales et les formations politiques essentiellement d’extrĂȘme gauche, est de changer radicalement non seulement les rapports Ă©conomiques mais aussi les structures mĂȘmes de la sociĂ©tĂ© et de faire passer le pouvoir «des mains de la bourgeoisie Ă  celles des classes populaires». Ce radicalisme revĂȘt des aspects symboliques: en mĂȘme temps qu’il prenait un nouveau nom, le Burkina Faso changeait de drapeau, d’hymne national et modifiait la terminologie gĂ©ographique et administrative; mais il se traduit surtout par l’élaboration d’un projet Ă  caractĂšre totalitaire de contrĂŽle de l’ensemble de la sociĂ©tĂ© civile et politique: interdiction des partis politiques, rĂ©duction du pouvoir syndical, mise en cause des autoritĂ©s coutumiĂšres, surveillance des activitĂ©s associatives, quadrillage du pays par les comitĂ©s de dĂ©fense de la rĂ©volution (C.D.R.), investissement mĂ©thodique de l’administration, rĂ©organisation de la justice et de l’armĂ©e... Sur le plan extĂ©rieur, la politique burkinabĂ© se manifeste par une dĂ©nonciation virulente de l’impĂ©rialisme et du nĂ©o-colonialisme, le rĂ©Ă©quilibrage des rapports du Burkina en direction des dĂ©mocraties populaires et de la Libye ou du Gh na. Les accords de coopĂ©ration avec la France seront renĂ©gociĂ©s en 1986. AprĂšs avoir dĂ©clenchĂ© les hostilitĂ©s contre le Mali Ă  qui il dispute la bande frontaliĂšre d’Agacher, le Burkina Faso se conformera au jugement de la Cour internationale de justice du 22 dĂ©cembre 1986, qui met fin Ă  un diffĂ©rend remontant Ă  l’indĂ©pendance.

La rĂ©volution burkinabĂ© s’est heurtĂ©e Ă  de multiples rĂ©sistances; elle n’est pas parvenue Ă  s’attacher l’adhĂ©sion de la paysannerie, toujours dĂ©munie, malgrĂ© son programme de rĂ©forme agrofonciĂšre; elle n’a pu empĂȘcher les fonctionnaires et salariĂ©s urbains, principales victimes des sacrifices imposĂ©s par le pouvoir, de se dĂ©tacher d’elle. À ces difficultĂ©s s’ajoutent les dissensions du Conseil national de la rĂ©volution; le projet de parti unique dont le principal effet aurait Ă©tĂ© d’assurer la mainmise du capitaine Sankara et de son groupe sur le pouvoir est sans doute le dĂ©tonateur du putsch du 15 octobre 1987, au cours duquel le prĂ©sident du Burkina Faso trouve la mort; celui-ci est remplacĂ© par le numĂ©ro deux du rĂ©gime, le commandant Blaise CompaorĂ©.

Vers la IVe RĂ©publique

Le nouveau dirigeant institue un «front populaire» chargĂ© de procĂ©der Ă  «la rectification de la RĂ©volution». Ce mot d’ordre ambigu se traduit dans l’immĂ©diat par une approche pragmatique du pouvoir qui permet certains revirements: revalorisation officielle du rĂŽle protocolaire et de l’autoritĂ© morale de la chefferie coutumiĂšre, reconnaissance des syndicats comme dĂ©fenseurs des intĂ©rĂȘts des travailleurs, dissolution des comitĂ©s de dĂ©fense de la rĂ©volution, etc.

Avec le mĂȘme pragmatisme, le prĂ©sident Blaise CompaorĂ© engage le Burkina Faso dans la voie de l’ouverture politique, de la dĂ©mocratisation des institutions et d’un retour Ă  la vie constitutionnelle. ÉlaborĂ©e au cours d’assises nationales oĂč sont reprĂ©sentĂ©es les diffĂ©rentes sensibilitĂ©s politiques, confessions et forces socioĂ©conomiques du pays, une Constitution est adoptĂ©e par voie de rĂ©fĂ©rendum le 2 juin 1991. Abandonnant toute rĂ©fĂ©rence aux mots d’ordre rĂ©volutionnaires et anti-impĂ©rialistes, la nouvelle loi fondamentale consacre le multipartisme; elle Ă©tablit un rĂ©gime fondĂ© sur la sĂ©paration des pouvoirs qui assure l’autoritĂ© du chef de l’État Ă©lu au suffrage universel pour sept ans; un Premier ministre dĂ©signĂ© par lui est responsable devant un Parlement qui prĂ©sente la caractĂ©ristique, rare en Afrique, d’ĂȘtre bicamĂ©ral; la deuxiĂšme chambre, consultative, devant assurer la reprĂ©sentation des organisations sociales, religieuses, professionnelles, militaires et politiques.

La mise en place des nouvelles institutions s’effectue dans un climat de suspicion et dans des conditions critiquĂ©es par les quatorze partis d’opposition (rĂ©unis en une coordination des forces dĂ©mocratiques), rĂ©clamant jusqu’ici, en vain, la tenue d’une confĂ©rence nationale. L’opposition manifeste sa mĂ©fiance en refusant de participer Ă  l’élection prĂ©sidentielle du 1er dĂ©cembre 1991; premiĂšre Ă©lection au suffrage universel depuis 1978, elle s’est soldĂ©e par la demi-victoire de Blaise CompaorĂ©, seul candidat en lice, Ă©lu Ă  86,19 p. 100 des suffrages exprimĂ©s mais avec un taux d’abstention de 74,88 p. 100; les Ă©lections lĂ©gislatives prĂ©vues pour 1992 devraient achever le processus de dĂ©mocratisation et mettre fin Ă  la domination exercĂ©e jusqu’ici par l’armĂ©e sur la destinĂ©e du pays. Reste une inconnue, celle de la capacitĂ© du pouvoir Ă  surmonter ses traditionnelles dissensions et Ă  ne plus apparaĂźtre comme toujours aussi lointain pour les populations rurales.

4. Une des Ă©conomies les plus pauvres du monde

Le Burkina Faso est l’un des pays les plus pauvres du monde. Il cumule les handicaps; Ă  ceux que rencontrent d’ordinaire les États sous-dĂ©veloppĂ©s s’en ajoutent d’autres qui lui sont propres: en l’absence de dĂ©bouchĂ© sur la mer, tout le commerce extĂ©rieur doit transiter par les ports d’Abidjan et de LomĂ©, distants de plus de 1 000 kilomĂštres de Ouagadougou; les prĂ©cipitations sont mal rĂ©parties et trop souvent dramatiquement insuffisantes (sĂ©cheresse des annĂ©es 19691974, 1981, 1984); les ressources Ă©nergĂ©tiques sont presque inexistantes et le sous-sol pauvre en matiĂšres premiĂšres immĂ©diatement exploitables; le peuplement est non seulement un des plus nombreux du Sahel et un des plus denses d’Afrique, mais il est aussi dĂ©sĂ©quilibrĂ©, certaines rĂ©gions (plateau de Mossi, KassĂ©na) abritant 80 habitants au kilomĂštre carrĂ© et d’autres, dans le Nord et l’Est, moins de 10. Les migrations massives (il y aurait 1 500 000 Ă©migrĂ©s) vers les pays voisins (CĂŽte-d’Ivoire, Gh na) prennent des proportions inquiĂ©tantes pour le dĂ©veloppement Ă©conomique dans la mesure oĂč elles concernent surtout les jeunes; enfin, la main-d’Ɠuvre spĂ©cialisĂ©e reste rare, le taux d’alphabĂ©tisation est de 22 p. 100, celui de la scolarisation des enfants de 27 p. 100.

Une Ă©conomie essentiellement agricole

MalgrĂ© des conditions naturelles d’exploitation difficiles tenant surtout aux sĂ©cheresses catastrophiques et Ă  des techniques rudimentaires, l’agriculture et l’élevage fournissent de 40 Ă  45 p. 100 du produit intĂ©rieur brut et 90 p. 100 des emplois. Les cultures vivriĂšres (mil, sorgho, maĂŻs, riz, fonio) occupent prĂšs des neuf dixiĂšmes de la surface cultivable, mais le dĂ©ficit vivrier reste chronique; pour les cĂ©rĂ©ales, il oscille entre 100 000 et 150 000 tonnes pour une production moyenne d’environ 1 500 000 tonnes (1 787 800 t en 1990-1991 selon les estimations officielles). La production de riz stagne (41 800 t en 1989-1990) et ne parvient pas Ă  couvrir les besoins d’une population urbaine qui lui accorde une place croissante dans son alimentation. Des progrĂšs continus sont enregistrĂ©s dans les cultures de rapport, mais ils sont irrĂ©guliers et menacĂ©s en raison de la dĂ©tĂ©rioration des cours du marchĂ© mondial, de l’apparition de produits de substitution, de l’intensification d’une concurrence internationale ainsi que de la rĂ©duction des superficies qui leur sont consacrĂ©es, due Ă  l’attrait que prĂ©sentent les cultures vivriĂšres lors des pĂ©riodes de grave pĂ©nurie.

Si l’on tient compte des meilleures campagnes des derniĂšres annĂ©es, le Burkina Faso a commercialisĂ© 169 000 tonnes de coton graine (1986-1987), 5 400 tonnes d’arachides (1985-1986), 70 000 tonnes de karitĂ© (1985-1986), 4 400 tonnes de sĂ©same (1986-1987) et rĂ©coltĂ© 277 000 tonnes de canne Ă  sucre (1989-1990), pour une production de sucre de l’ordre de 26 000 tonnes.

Premier produit d’exportation jusqu’en 1975, l’élevage a Ă©tĂ© dĂ©cimĂ© par les sĂ©cheresses successives. En 1989, les effectifs du cheptel Ă©taient Ă©valuĂ©s Ă  3 860 000 bovins, 6 370 000 caprins, 4 900 000 ovins.

Le secteur minier et industriel est encore peu dĂ©veloppĂ©. GĂ©rĂ© par des entreprises publiques en difficultĂ© et un secteur informel actif, il ne reprĂ©sente que 14 p. 100 du P.I.B. La production miniĂšre, longtemps quasi inexistante, est devenue, depuis la rĂ©ouverture de la mine aurifĂšre de Poura en 1984, la deuxiĂšme source de recettes d’exportation aprĂšs le coton; en 1990, 3 500 kilogrammes d’or ont Ă©tĂ© exportĂ©s, reprĂ©sentant une valeur de 11,6 milliards de francs C.F.A.

Le secteur manufacturier connaĂźt un dĂ©but de dĂ©veloppement. Mais, handicapĂ© par l’étroitesse du marchĂ© intĂ©rieur, des frais de transport Ă©levĂ©s du fait de l’enclavement du pays, une insuffisance des infrastructures, le coĂ»t de l’énergie, il reste toujours trĂšs faible. Il est concentrĂ© dans l’agroalimentaire (brasseries, huileries et savonneries; cigarettes, sucre, etc.), le textile (filature et tissage) et, dans une moindre mesure, dans les cuirs et peaux, la fabrication de chaussures, de cycles, de pneumatiques, de cĂ©ramiques, de fils Ă©lectriques et de piles, le tout occupant environ 8 000 salariĂ©s, soit Ă  peine 1 p. 100 de la population active.

Une Ă©conomie totalement dĂ©pendante de l’aide extĂ©rieure

En raison des difficultĂ©s du secteur agricole, du coĂ»t croissant des importations de produits pĂ©troliers et des besoins d’une industrie de produits agroalimentaires et de transformation naissante, la balance commerciale est structurellement dĂ©ficitaire avec un taux de couverture des importations par les exportations ne dĂ©passant pas 35 p. 100.

MalgrĂ© la volontĂ© souvent affichĂ©e par les pouvoirs publics depuis 1983 de «compter sur ses propres forces» et les politiques rĂ©guliĂšrement lancĂ©es d’austĂ©ritĂ© financiĂšre et de limitation des dĂ©penses publiques qui lui Ă©vitent de connaĂźtre une crise financiĂšre aussi grave que celle de plusieurs pays de la sous-rĂ©gion, l’économie burkinabĂ© reste largement dĂ©pendante de l’aide internationale. De 1986 Ă  1989, celle-ci atteignait 290 millions de dollars en versements nets globaux par an; en fait, depuis 1972, l’aide Ă©trangĂšre excĂšde le budget national; le plan quinquennal 1986-1990 a Ă©tĂ© financĂ© Ă  la hauteur de 79 p. 100 par les ressources extĂ©rieures. Bien qu’elle soit modĂ©rĂ©e par rapport Ă  celle d’autres États comparables et que son poids ait Ă©tĂ© allĂ©gĂ© par des annulations, la dette extĂ©rieure est importante; elle reprĂ©sente 29,6 p. 100 du P.N.B., et son service 9,4 p. 100 des exportations pour un montant total de 756 millions de dollars (1989).

L’origine des concours extĂ©rieurs s’est diversifiĂ©e, mais, en dĂ©pit de variations Ă  la baisse sensibles notamment sous le rĂ©gime Sankara, les fonds français restent prĂ©pondĂ©rants: de mĂȘme qu’elle est le premier partenaire commercial du Burkina Faso, la France en est le premier bailleur de fonds (un tiers de l’aide bilatĂ©rale et 21 p. 100 de l’ensemble de l’assistance financiĂšre internationale).

Perspectives de développement

La faiblesse des moyens d’action et de contrĂŽle dont dispose l’État sur les facteurs dĂ©terminant son dĂ©veloppement (aides Ă©trangĂšres, prix des matiĂšres premiĂšres, conditions climatiques, croissance dĂ©mographique, etc.) ne laisse guĂšre espĂ©rer des progrĂšs Ă©conomiques et sociaux rapides.

La rĂ©alisation de nombre d’opĂ©rations prĂ©vues par les plans de dĂ©veloppement a Ă©tĂ© freinĂ©e faute de financement: le premier plan quinquennal 1986-1990 n’a Ă©tĂ© rĂ©alisĂ© qu’à 62 p. 100, et le deuxiĂšme plan n’a finalement retenu que la moitiĂ© des investissements initialement envisagĂ©s. Pour ne prendre qu’un exemple, un des obstacles – mais il y en a d’autres tenant aux cours mondiaux – Ă  l’exploitation du manganĂšse de Tomboa est l’absence des capitaux nĂ©cessaires pour construire un chemin de fer reliant le gisement Ă  la ligne Kaya-Abidjan. Les potentialitĂ©s Ă  moyen terme n’en existent pas moins: marchĂ© intĂ©rieur proche de 10 millions de personnes, rĂ©serves minĂ©rales encore inexploitĂ©es (or, zinc, cuivre), possibilitĂ© d’expansion des cultures vivriĂšres et de rente, existence de marchĂ©s locaux et rĂ©gionaux dans les domaines des matĂ©riaux de construction et de l’agro-industrie, perspective de dĂ©veloppement des services (tourisme, services de dĂ©pannage et de rĂ©paration).

Les gouvernements successifs ont fondĂ© des espoirs sur plusieurs opĂ©rations d’envergure: dans le domaine agricole, oĂč l’objectif prioritaire est l’autosuffisance et la sĂ©curitĂ© alimentaires, de vastes programmes d’amĂ©nagement ont Ă©tĂ© lancĂ©s et sont en cours: depuis 1974, amĂ©nagement des vallĂ©es du Nakambe (Volta Blanche) et du Mouhoun (Volta Noire) longtemps infestĂ©es par l’onchocercose et sous-peuplĂ©es; le projet d’amĂ©nagement et la rĂ©alisation sur le site de BagrĂ© d’un ouvrage destinĂ© Ă  l’irrigation de 6 900 hectares de riziĂšres et de 500 hectares de pĂ©rimĂštres maraĂźchers et l’amĂ©nagement de 13 700 hectares de cultures pluviales.

Depuis 1980, un effort particulier est menĂ© pour intensifier la lutte contre l’érosion et assurer la maĂźtrise de l’eau. Ce dernier objectif reçoit 20 p. 100 de l’enveloppe globale du deuxiĂšme plan quinquennal de dĂ©veloppement 1991-1996, soit 102 milliards de francs C.F.A.

Dans le secteur secondaire, les prioritĂ©s concernent les mines avec la rĂ©ouverture du gĂźte aurifĂšre de Poura et l’énergie, thermo-Ă©lectrique et hydroĂ©lectrique essentiellement.

À la recherche de moyens de financement et confrontĂ©es aux charges croissantes rĂ©sultant de l’accumulation des arriĂ©rĂ©s de la dette et des augmentations des dĂ©penses budgĂ©taires, les autoritĂ©s ont inscrit leur projet de dĂ©veloppement dans le cadre d’un plan d’ajustement structurel (P.A.S.) approuvĂ© par les institutions de Bretton Woods en mars et juin 1991. Les objectifs recherchĂ©s sont un taux de croissance du P.I.B. rĂ©el de 4 p. 100 en moyenne par an sur 1991-1999, soit environ 1 p. 100 par an et par habitant, l’élimination de tous les arriĂ©rĂ©s extĂ©rieurs et la stabilisation du dĂ©ficit extĂ©rieur courant Ă  14 p. 100 sur la pĂ©riode 1991-1993, la limitation du taux d’inflation Ă  4 p. 100, la rĂ©duction du dĂ©ficit budgĂ©taire Ă  6,9 p. 100 du P.I.B. en 1993 (contre 7,6 p. 100 en 1990 et 14,5 p. 100 en 1987).

Pour atteindre ces objectifs, le P.A.S. compte sur l’augmentation de la production agricole, l’amĂ©lioration de la gestion du secteur public qui passe par la rĂ©duction et la rĂ©vision du cadre institutionnel et juridique du secteur public (42 entreprises publiques sur les 84 existantes sont destinĂ©es Ă  ĂȘtre liquidĂ©es ou privatisĂ©es), l’expansion du secteur privĂ©, que devraient faciliter la rĂ©organisation du secteur public, l’assouplissement de la rĂ©glementation du commerce, des prix, de l’emploi et des investissements, et la restructuration d’un secteur bancaire confrontĂ© Ă  un grave problĂšme de liquiditĂ©s et dont la moitiĂ© des Ă©tablissements publics se trouve en Ă©tat de faillite (71 millions de francs C.F.A. de pertes consolidĂ©es).

Enfin ont Ă©tĂ© dĂ©finis plusieurs secteurs prioritaires jusqu’ici nĂ©gligĂ©s et dont on attend que le dĂ©veloppement appuie l’amĂ©lioration de la productivitĂ© du travail et accroisse l’utilisation des ressources; il s’agit de la santĂ© et de l’éducation pour lesquelles le Burkina a accumulĂ© des retards, des infrastructures de base, notamment dans les domaines des transports, particuliĂšrement dĂ©ficients, et de l’environnement, gravement menacĂ© par l’érosion, les sĂ©cheresses et le dĂ©boisement, et Ă  moyen terme par la croissance dĂ©mographique qui, si elle n’est pas maĂźtrisĂ©e, serait de l’ordre de 2,9 p. 100 par an d’ici Ă  l’an 2000.

Burkina Faso
(République démocratique et populaire du) (ancienne Haute-Volta) état intérieur d'Afrique occidentale. V. carte et dossier, p. 1392.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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  • Burkina Faso — Nombre actual del paĂ­s antes llamado Alto Volta. Su gentilicio es burkinĂ©s: «Este incidente fue visto por las autoridades burkinesas como un intento de atentado contra la vida de Sankara» (Abc [Esp.] 9.4.85). No se admiten como gentilicios ni ⊕… 
   Diccionario panhispĂĄnico de dudas

  • Burkina Faso — BurkĂŹna Fȁso ĆŸ DEFINICIJA geogr. drĆŸava u Z Africi, 274.200 km2, 9.012.000 stan., glavni grad Ouagadougou (do 1984. Gornja Volta) 
   Hrvatski jezični portal

  • Burkina Faso — [boor kēâ€Čnə fĂ€â€Čsƍ] country in W Africa, north of Ghana: under French control from 1895, it became independent (as Upper Volta) in 1960: 105,839 sq mi (274,122 sq km); pop. 7,967,000; cap. Ouagadougou 
   English World dictionary

  • Burkina Faso — /beuhr kee neuh fah soh/ a republic in W Africa: formerly part of French West Africa. 10,891,159; 106,111 sq. mi. (274,827 sq. km). Cap.: Ouagadougou. Formerly, Upper Volta. * * * Burkina Faso Introduction Burkina Faso Background: Independence… 
   Universalium

  • Burkina Faso — 12° 16â€Č 00″ N 2° 04â€Č 00″ W / 12.2667, 2.06667 
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